Rue de Passy

Nous sommes en janvier, le froid mord les doigts des parisiens qui s’aventurent dehors. Mais quel plaisir d’avancer dans la rue si glaciale en percevant, à l’entrée de chaque magasin, cette invitation à venir se réchauffer.

Je décide aujourd’hui d’errer rue de Passy, à la découverte de ses richesses olfactives. En sortant du métro, je perçois une odeur délicate et végétale provenant des buissons qui semble se tapir sous les fumées des cigarettes et les remugles des pots d’échappements.

Je remonte la rue de l’Alboni et tourne à droite sur la rue de Passy lorsque mon nez est vivement sollicité. Une fumée diffuse m’indique sa source: plus loin se tient le comptoir belge dont la recette secrète de gaufres allèche les passants. Eux mêmes succombent à la tentation sans être conscients que l’odorat est le coupable de cette trahison aux bonnes résolutions du début d’année.

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A peine ai-je dépassé la file d’attente que l’effluve des gaufres est remplacé par un mélange étonnant: celle de crêpes mêlée à celle du traiteur asiatique. A ma droite, crépite la pâte à crêpes sur son fidèle bilig provoquant un vent breton. Contrairement à son voisin belge, son odeur est moins vanillé, mais davantage sèche et brut, plus naturelle et moins gourmande. A côté, les rouleaux de printemps cohabitent avec le riz cantonais et les jiǎozi, racolant les marcheurs n’ayant pas été séduits par les deux premiers restaurateurs.

En poursuivant mon chemin, je suis attirée par la vitrine d’un grand magasin de vêtements pour femmes. Non pas à cause des articles, mais plutôt à cause de l’ambiance qui se dégage de l’intérieur de la boutique et qui m’enveloppe. Une atmosphère olfactive rassurante y règne; elle est chaude, boisée, presque poussiéreuse mais tellement réconfortante. Quelques mètres plus loin, je suis confrontée à son opposé. En passant devant un grand supermarché, c’est au contraire un climat froid, impersonnel qui m’atteint. Il traduit des odeurs des emballages plastiques et autres conditionnements hermétiques de notre société de consommation.

A ma gauche se trouve une brasserie, dont les clients attablés en terrasse dégustent leur café matinal. L’odeur puissante et à la fois discrète qu’y s’en dégage semble inviter les piétons surmenés à venir se prendre leur dose d’énergie.

Une musique me parvient aux oreilles. Elle semble naître d’une boutique à quelques pas de moi. En avançant, je constate une ambiance californienne dont le parfum qui s’en dégage espère charmer les jeunes filles. Son caractère gourmand, avec ses accents musqués et floraux reflète un style vestimentaire où règnent chemises à carreaux, crop top et jeans taille haute.

Une émanation chaude s’introduit peu à peu, prenant le dessus sur les facettes gourmandes au fil de mes pas. Cette odeur est issue d’une boutique de soins pour le corps qui prône la relaxation et le bien-être. Sur les présentoirs, bougies, huiles et crèmes sont exposés sous des néons leur procurant une teinte chaleureuse. Plus je m’approche et plus je me croirai en Orient, grâce aux notes vanillées et patchouli, presque coco.

Soudain, mes rêves de voyages sont brutalement perturbés par l’exhalaison du fast food qui pointe le bout de son nez.  Impossible de sentir autre chose que les burgers et les frites à proximité. Je le contourne rapidement et m’avance vers les étalages de fleurs dont les couleurs vives ont attiré mon regard. Aux pieds du marché, la multitude de bouquets ravivent les yeux comme le nez. Mais l’odeur du fast food encore présente me pousse à continuer.

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Je distingue au loin la célèbre enseigne de Kilo Shop. Sans hésiter, je m’engouffre dans la friperie qui m’offre alors son parfum si caractéristique de lessive mêlée à celle de ses tissus: cuirs, laines et cotons dévoilent leurs senteurs en se faisant concurrence. Je m’accorde quelques minutes de fouillage et trifouillage à la recherche d’un pantalon « pattes d’eph’ ».

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Je ressors ravie de ma précieuse trouvaille et me retrouve face à la magnifique devanture de l’épicerie sur le trottoir d’en face. J’y entre, sans but précis, juste pour le plaisir de consommer olfactivement, avec le luxe de ne pas payer. Mon nez est dans un premier temps heurté par la senteur du pain. Puis ce sont celles des fruits frais, des agrumes, des fruits confits, des fleurs, de la viande, des oignons et du poisson qui s’entremêlent et s’unissent procurant à la boutique une connotation de variété et de qualité.

Cette vision me donne faim. Je sors de la boutique et décide de rebrousser chemin jusqu’au métro, il est midi.

Parfums associés

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« Vintage » – Chabaud

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« Palace d’Ambre » – Rituals

tulipe

« La Tulipe » – Byredo

vanille

« Vanille » – Molinard

13 commentaires sur “Rue de Passy

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  1. Félicitations!
    Cette balade divinement écrite nous fait vraiment ressentir toutes ces odeurs, ces couleurs et cette diversité.
    Un pur Bonheur pour laisser libre court à nos sens et se connecter à nos propres émotions…..

    Aimé par 1 personne

  2. Bravo, on est vraiment pris par ce texte si joliment écrit et on se laisse transporter par cette symphonie d’odeurs, présentée avec beaucoup de talent. Bravo Margaux, continue de nous enchanter. Claudine

    Aimé par 1 personne

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